LE CERCLE DES POÈTES DÉTENUS

10 avril 2009

un beau pigeon

Filed under: Claude Villata,LES POÊTES DÉTENUS — webmaster @ 1:28
Tags: ,

Il est bien temps d’ nous faire des rimes
à tartiner du pain azyme!

J’ sais pas pourquoi j’ suis en prison
à nourrir mon frère le pigeon,

qu’est même pas un pigeon voyageur,
qu’est tout l’ temps là sans avoir peur…

Rien que d’ le voir, cela m’ déprime,
c’est bien l’ plus con, c’est l’ Onésime !

Quand y’ en a un, il en vient cent,
j’ les déchirerais avec les dents !

Bancals gangrenés alignés su’ l’ coté,
déplumés et puants, y m’ roucoulent tendrement. ..

Pour eux j’ suis presqu’un garde-mites,
et l’heure d’ la gamelle est un rite.

Je hais ces parasites autant qu’ l’ enfermement,
car y m’ font trop rêver à m’asseoir sur un banc.

Bénissant ma vie les jours pairs
je la maudis les jours impairs,

au point de perdre l’équilibre …
en attendant vieux d’être libre,

sur un banc voûté tout tremblant,
à donner des bouts de pain blanc,
consacrer ma vie inutile

à engraisser ces volatiles !

Claude Villata

L’âne et l’enfant

Filed under: Claude Villata,LES POÊTES DÉTENUS — webmaster @ 12:53
Tags: , , ,

“Donne moi ce gros chardon
tout bleu et tendre qui me tente”,
disait tout grison le vieil âne
derrière ses piquets de clôture

en tendant vers moi l’encolure
le matin de nos promenades
au chemin buissonnier en pente
où je traînais jeune garçon.

Moi j’allais encore à l’école
et le vieil âne m’attendait
chaque matin près du grillage
de son enclos mélancolique…

Il écoutait ma rhétorique
avec un air très doux et sage
donnant son front à caresser
à ma cousinette Carole…

que je soulevais dans mes bras,
souriante dans son babil
offrant une poignée de fleurs
à ce gentil “Nanami”…

Carole vivait sa Trisomie ,
pauvre petit bout de coeur
que de stupides imbéciles
avaient nommée “Gogolita”.

Durant des années nous passions
ce chemin de ronces et de mûres
et le vieil âne était content
de nous partager tant d’Amour…

Carole est partie sans retour
avec ce sourire confiant
dans un paradis de verdure;
l’âne aussi le vieux Grison …

Il reste bien trop d’amertume
dans nos amours d’enfants déçus,
l’âne et Carole sont ailleurs,
là où ils pourront être heureux…

Je rêve jouer avec eux
désirant croire en leur bonheur
de sentiment tout ingénu
loin de ces temps qui nous consument.

Claude Villata

« Page précédente

Thème : Rubric. Un Blog WordPress.com.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.